LOT (suite)

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La maison est une ancienne étable qui domine une vallée verdoyante mais où à certains endroits, sur le versant est, pointe le causse calcaire. Il a fallu se faire maçon, jardinier… pour rénover ce qui menaçait de disparaitre à tout jamais. Ce qui n’était plus qu’un enchevêtrement de pierres et de poutres de ronces et de lianes est devenu une maison, petite, mais accueillante et un jardin arboré et fleuri où le hamac et la chaise longue ont trouvé leur place.

La maison s’ouvre principalement à l’est pour les chambres et la cuisine et au sud pour la grande pièce. A l’est les premiers rayons rougeoyants du soleil nous réveillent et à partir de là, chacun a le choix de se rendormir ou de vaquer à ses premières activités. La terrasse au sud est protégée du soleil par un magnifique ormeau. Les jours de grande chaleur il est conseillé de rester à l’intérieur jusqu’à 16 heures, de lire, de rêver, de s’endormir, de faire l’amour dans la fraicheur que les murs épais  en pierres ont su conserver.

Ici on est hors du monde, et si on le voulait il ne nous rattraperait pas. Mais voila, animaux civilisés, nous faisons suivre la presse et la radio, une fois par jour à 8 heures, nous dit l’état de la planète et de ses habitants. Alors bien évidemment il devient plus difficile de se laisser aller à la simple contemplation du chevreuil qui broute à l’orée du bois, là bas, en contrebas à cent mètres.

La télévision n’est pas arrivée jusqu’ici, la téléphone portable passe très mal quant à internet il faut faire dix kilomètres pour pouvoir se connecter. Curieusement et stupidement le fait d’être coupé des moyens qu’offrent les nouvelles technologies amène parfois un sentiment de culpabilité. Les outils dont on n’avait absolument pas besoin il y a seulement trois ou cinq ans nous manquent parfois. Comment ! je ne peux recevoir mes courriels dans la minute, je ne peux trouver mon serveur immédiatement, il me faut enregistrer textes et messages et attendre vingt quatre ou quarante huit heures, le jour du marché, un marché qui ressemble quasi exactement à ce qu’il était il y a trente ans, pour pouvoir les envoyer ! Cette situation m’exaspère et dans le même temps mon exaspération m’amuse car elle est ridicule.

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